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Projet Pilote de gestion intégrée des oies
dans la région de Montmagny

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Par Benoit Gendreau

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À une époque où les biologistes travaillent régulièrement avec des espèces menacées de disparition, il est plutôt rare que leur mandat soit consacré à la gestion des espèces surabondantes. C’est le cas de ceux qui travaillent sur certaines populations de Cerf de Virginie, de Bernache du Canada et d’Oie des neiges pour ne nommer que celles-là. Ces espèces ont su tirer profit des modifications de l’habitat provoquées principalement par l’humain. Leur augmentation réjouit la plupart des chasseurs, car les opportunités de pratiquer leur activité sont plus nombreuses avec des populations abondantes. D’un autre côté, la surabondance peut occasionner des pertes financières pour certains secteurs d’activités comme les transports, la foresterie et l’agriculture.

L’Oie des neiges est en constante augmentation partout en Amérique de Nord. Il y a deux sous-espèces présentes sur ce territoire soit la Petite et la Grande Oie des neiges. Les effectifs de cette dernière sont passés d’environ 3000 individus au début du 20e siècle jusqu’à un peu plus d’un million en 2012 (1 005 000 +/- 85 000, source SCF). Cette augmentation n’est pas sans conséquence pour les habitats naturels et les terres agricoles qu’elles fréquentent. À l’échelle du Québec, l’alimentation des oies dans les champs entraîne annuellement des pertes financières brutes d’environ 940 000$ depuis 1992 (Source FADQ).

Depuis une vingtaine d’années, plusieurs plans de gestion ont été développés par le SCF et ses collaborateurs afin de ralentir l’expansion de la Grande Oie des neiges. Les efforts de gestion ont mené, entre autres, à l’ouverture d’une chasse de conservation au printemps 1999. Un aspect pertinent soulevé dans tous ces plans est l’importance d’une prise en charge de la gestion à un niveau local puisque la problématique qu’entraîne cette surabondance n’est pas la même en Montérégie, au Centre-du-Québec, dans la région de Montmagny ou au Saguenay/Lac-St-Jean. En 2007, afin d’encourager le développement de projets régionaux, le SCF a initié deux ateliers de travail qui ont mené au plan de gestion intégrée et durable de la Grande Oie des neiges dans le secteur de l’estuaire moyen du Saint-Laurent.

Le projet-pilote de gestion intégrée des oies en cours de réalisation dans la région de Montmagny est la résultante de ces ateliers et de la volonté des gestionnaires de la ressource de voir les régions se prendre en main. Le territoire visé comprend les municipalités de Berthier-sur-Mer, de Montmagny, de St-François et de St-Pierre-de-la-rivière-du-Sud. Il a comme objectif d’expérimenter et de développer des outils permettant de réduire les dommages causés par les oies tout en favorisant leur mise en valeur par des activités de chasse et d’observation.

Une des actions prioritaires est de communiquer aux chasseurs et aux observateurs la présence des oies dans les dortoirs de la région à l’aide du site www.migrationdesoies.ca. Il est également possible, entre autres, de s’y renseigner sur les détails du projet, sur les principaux sites d’observation de la région et sur les techniques printanières de chasse à l’oie.

La création d’un programme printanier d’accès aux terres est une action qui va sans doute intéresser grandement les chasseurs d’oies. Les producteurs qui voient leurs cultures fourragères (foin) se faire manger par les oies ont une problématique à résoudre et la chasse printanière, lorsqu’effectuée respectueusement, peut certainement les aider. L’objectif poursuivi par ce programme est de faciliter le contact entre ces deux groupes. Pour ce faire, des affiches avec le numéro de téléphone du producteur agricole participant sont installées devant leurs champs. Les chasseurs ont donc accès aux coordonnées des propriétaires et peuvent directement les contacter pour connaître les conditions d’utilisation d’un champ.

Les chasseurs devront rigoureusement suivre les recommandations proposées par le propriétaire ainsi que le code d’éthique développé par l’Association des Sauvaginiers de la Grande Région de Québec. Afin que les agriculteurs participants conservent une perception positive de la chasse, il est primordial que chaque chasseur démontre du respect envers le gibier et la propriété privée. La pérennité de cette activité dépend du comportement de chaque individu. N’hésitez pas à sensibiliser les chasseurs aux comportements inacceptables. Il y a suffisamment de propriétaires qui n’acceptent plus de chasseurs dû à de mauvaises expériences et il ne faudrait pas que ceux qui participent à ce projet ferment leurs portes à cause de comportements négligents de la part d’une minorité.

Ce projet préconise des accès journaliers afin que les champs soient libres le plus rapidement possible après une journée de chasse. C’est à l’avantage de chacune des parties d’offrir et d’accepter des accès journaliers. D’un côté, les chasseurs pourront avoir accès à un grand nombre de terres de façon journalière et de l’autre, le producteur s’assure que ses champs sont disponibles pour les chasseurs lorsque les oies sont présentes.

Pour obtenir les coordonnées des propriétaires, les chasseurs devront obligatoirement se déplacer sur le territoire couvert par ce projet. Aucunes coordonnées ne seront disponibles via le site Internet. Tout comme dans bien d’autres types de chasse, il est inutile de réserver un territoire de chasse à l’oie sans faire une reconnaissance visuelle pour s’assurer que le gibier convoité fréquente le secteur.

En temps et lieu, une carte montrant les terres accessibles sera publiée sur le site Internet du projet afin que les chasseurs puissent voir l’étendue de ce programme. Ils pourront aussi se renseigner en consultant les cartes de migration ou envoyer un courriel à info@migrationdesoies.ca avant de se rendre sur place. Il est important de spécifier que ce projet préconise les techniques de chasse aux appelants ou à la passe qui ont fait leurs preuves et qui véhiculent une image positive de la chasse et respectueuse du gibier.

Meilleures périodes pour chasser les oies
Les chasseurs expérimentés vous diront que la meilleure période pour planifier un voyage de chasse à l’oie est le milieu d’octobre soit les deux semaines suivant l’Action de grâce. Cette période coïncide avec le retour des oies de l’Arctique accompagnées par leurs jeunes qui sont des cibles faciles pour les chasseurs. Ce phénomène occasionne une pression de chasse très forte sur une courte période. De plus, si on combine à cette pression un faible taux de reproduction, les conséquences sur les résultats de chasses sont désastreuses. Les oies sont des oiseaux grégaires et elles répondent rapidement à une pression de chasse trop forte en se déplaçant en gros groupes, rendant la chasse aux appelants difficile.

Il y a plusieurs années, mon groupe et moi avions le même discours. Si nous n’avions que quelques journées à consacrer à la chasse à l’oie, nous préconisions le milieu d’octobre afin de profiter de l’arrivée massive des jeunes oies. Afin de régulariser nos succès, nous avons analysé les déplacements des oies en fonction de la disponibilité de la nourriture et de la pression de chasse. Nous avons noté que pour notre région (Est de la ville de Québec), la meilleure combinaison pour obtenir du succès est la présence d’une bonne concentration de nourriture sur un petit territoire et d’une faible pression de chasse. Ces conditions s’observent régulièrement entre le 25 avril et le départ des oies pour l’Arctique (20 mai environ).

Pression de chasse
À ses débuts en 1999, la chasse printanière a connu un certain engouement auprès des chasseurs. Après quelques années, la majorité d’entre eux se sont rendu compte que cette chasse n’était pas facile et ils l’ont délaissée. Pour illustrer que la pression de chasse est quasi inexistante au printemps, à l’exception de certains secteurs, voici une statistique tirée du bilan de la récolte de conservation de la Grande Oie des neiges (Environnement Canada). Pour tout le Québec, le nombre de chasseurs actifs au printemps 2012 dépassaient à peine les 3200 comparativement à environ 30 000 permis de chasse aux oiseaux migrateurs vendus à l’automne. Avec si peu de chasseurs, il est facile de dénicher un endroit tranquille.

Une autre statistique intéressante est la distribution géographique des oies lors de l’inventaire printanier effectué par le SCF. Pendant une seule journée, cinq avions survolent simultanément l’aire de répartition des oies pour estimer la volée. Depuis 2003, la date moyenne de réalisation de cet inventaire est le 3 mai. La distribution géographique des oiseaux lors de cette journée montre qu’en moyenne c’est 54% de la population totale qui se retrouve entre Trois-Rivières et St-Roch-des-Aulnaies ce qui représente plus de 540 000 oies, ce n’est pas rien !

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J’invite les chasseurs à modifier la perception qu’ils ont de la chasse à l’oie aux appelants et qu’ils profitent de cette belle période qu’est le mois de mai pour pratiquer cette belle activité. De plus, à cette époque de l’année, il n’est pas nécessaire de posséder un grand nombre d’appelants pour obtenir du succès. Une installation réduite à quelques douzaines de type plein corps ou coquille permettra au chasseur bien positionné de vivre des sensations fortes.

Pour conclure, les producteurs agricoles sont en général heureux de voir des chasseurs respectueux venir demander accès à leur terre au printemps parce que c’est à cette période que les oies occasionnent des pertes financières importantes. De plus, établir de bonnes relations avec les producteurs agricoles au printemps facilite l’accès à leurs terres à l’automne lorsque les chasseurs sont abondants. La chasse joue un rôle important dans le contrôle de certaines espèces surabondantes et permet de mettre en valeur cette importante ressource faunique tout en générant des retombées économiques. Bonne chasse printanière à tous !

Un projet comme celui-là est rendu possible grâce à l’appui financier du Gouvernement du Canada agissant par l’entremise du ministère de l’Environnement et par Agriculture et Agroalimentaire Canada, par l’entremise du Programme canadien d’adaptation agricole. Au Québec, la part de ce programme destinée au secteur de la production agricole est gérée par le Conseil pour le développement de l’agriculture du Québec. La Fédération de l’UPA de la Côte-du-Sud, la MRC de Montmagny et la ville de Montmagny participent également au projet.